De Chine, sans amour 1/3

Publié le par Quentin Moreau

J'ai eu la chance de passer quelques jours en Chine, quelques jours - trop - d'ennui et d'observation.
Je vous livre mon humeur sur ce pays.

Première partie parce que c'est long...

Quentin


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Ereen Hot, Chine, mardi le 11 août 2009,


J’ai une pensée pour Clotilde Reiss, emprisonnée et jugée par le régime de Téhéran pour avoir osé ouvrir sa gueule, pour avoir osé aimer un pays d’adoption bien plus fort que sa France, pour avoir osé aimer la poésie, la littérature, la culture iranienne, pour avoir tant aimé qu’elle s’est sentie courageuse au point de donner une leçon de démocratie. Elle a dénoncé, vilipendé; elle a bien fait mais les risques sont là. Non, peuple, tu n’as pas le droit à la parole ! Ta liberté d’expression est théorique, bien gravée dans le marbre froid d’une charte. C’est partout pareil, en Europe, en Chine ou en Iran. Vous le savez bien, comme elle, j’envoie des billets du bout du monde depuis quelques années, parfois dans des pays peu réputés pour leur liberté d’esprit. Ces textes sont souvent critiques et je les envoie aussi à l’un ou l’autre ambassadeur – comme elle. Par candeur et au nom de l’amitié, jamais je n’aurais pû croire que l’on vole en tôle pour cela. Clotilde Reiss est l’exemple du contraire…

Je vous envoie ce texte, je m’exerce à la liberté et je sais que je n’aurai pas d’écho, je sais que tout au plus j’aurai droit à mon démocratique blog, que peut-être même ce texte me nuira un jour et que dans tous les cas, je n’aurai pas droit à un large auditoire, à la tribune médiatique, au Monde-Figaro ou au JT.

Quoi qu’il en soit.

C’est la Chine qui m’inspire ce texte. Parce que je ne peux pas me taire. Ce sera de Mongolie que je vais vous poster ma lettre. Parce que la censure est grande pour ceux qui critiquent. Et je ne veux pas risquer de perdre du temps dans une geôle pour des idées.

Je ne suis pas un expert, je n’ai pas passé des années et des années ici : voici de quoi prêter le flanc à la critique facile donc; ne vous gênez pas. Mes antécédents ne sont pas nombreux avec ce pays. J’y ai passé deux mois il y a quelques temps. Mais peut-on dire qu’on a passé deux mois en Chine lorsque l’on ne s’est rendu qu’au Xinjiang et au Tibet ? Voici dix jours que je suis dans l’expectative à la frontière sino-mongole. Une fois de plus, suis-je vraiment en Chine puisqu’en Mongolie Intérieure ?

Oh oui, la Chine est un grand pays. Une mécanique parfaitement huilée, dont les rouages, graissés à l’argent, sont d’une efficacité sans pareille. Je ne peux m’empêcher de penser aux Etats-Unis d’Amérique. Rien n’y ressemble plus. La Chine, c’est peut-être l’Amérique poussée à l’extrême. Peu importe les clichés politique de libéralisme ou de communisme. Dans les deux cas l’économie sauvage et avide gouverne (non pas l’économie étymologique – les lois de la maisonnée – plutôt une oligarchie de riches). Peu importe les prétendues valeurs quand la réussite s’arrache à coups de dollars ou de yuans et qu’elle ne laisse place à presque aucun autre horizon que l’illusion d’une liberté de pacotille. Bienvenue dans le monde moderne. La Chine est moderne. Impitoyablement.

Si vous avez quelques économies à investir sur une place boursière, faites-le en Chine !!! Je viens de reçevoir par émission économique interposée les chiffres de croissance pour cette année 2009 : un peu plus de 8%, malgré la claque du premier trimestre. Un peu décevant me direz-vous ? Pas de croissance à deux chiffres cette année… C’est la crise tout de même, messieurs, dames… Pensez à vos actions Fortis ! Je vous dirais d’investir dans les infrastructures : des milliers de kilomètres de route construits chaque année. Ou alors dans l’énergie renouvelable : ici l’on construit des éoliennes et du solaire à la pelle, ici on en a marre de subir la dépendance énergétique. Allez voir du côté de l’aéronautique aussi : la Chine en est à la phase finale de test pour un premier avion de ligne entièrement « patriote ». Ça risque de faire du dégât du côté d’Airbus et de Boeing.
Lorsque l’on voit la Chine fonctionner de l’intérieur, on se demande comment les Etats-Unis sont encore la première puissance économique mondiale. La Chine est déjà bien plus que le premier atelier en main-d’œuvre sous-qualifiée du monde.


Du macro, passons au micro maintenant. Je suis dans une petite ville frontière avec la Mongolie. Le long de la ligne de train Moscou – Ulaanbaatar - Beijing. Petite ville à l’échelle chinoise parce qu’il y a moyen de marcher longtemps avant de la traverser de part en part. Petite ville plantée au milieu du Gobi. Il n’y a pas moyen de se perdre par contre. Si Ereen (Erlian en chinois) a dû exister depuis des centaines d’années, il n’y en a plus de trace : c’est maintenant une ville dont le plan est tout en damier, avec des avenues immenses et des trottoirs larges, des feux de signalisation partout, des parcs et autres espaces verts, de la statuaire parfois politique, parfois pseudo-européenne.

Agréable n’est-ce pas ? Sans charme, sans histoire, trop propre, trop net. Pas honnête du tout. Tout est pacotille ici, surface, façade. L’architecture est à la Disneyland : de grands bâtiments neufs, à l’européenne. En voilà un que je vois de ma chambre qui ressemble à une église allemande, en plus grand. Un autre avec des colonnades doriques. Beaucoup pourraient être des condominiums américains. Oui, la comparaison avec les USA peut continuer…
Bien sûr, dans l’arrière-cour, le sol est toujours de terre battue et les détritus jonchent. Tout cela voudrait bien avoir l’air mais n’a pas l’air du tout, pour paraphraser l’ami Brel. Du carton-pâte, du papier mâché, un décor de théâtre mais une pièce qui dépasse tout entendement.

J’ai une petite anecdote qui serait choquante si elle n’était pas en fait anodine. Il est un grand parc au centre de la ville, un drapeau chinois y trône tout comme des colonnes (corinthiennes cette fois), un dinosaure de métal sur son piédestal, des palmiers et une grande fresque socialiste exaltant la communauté d’esprit chinoise. Au centre de cette place, des attractions pour enfant, une foire comme on peut en voir chez nous avec du tir à la carabine, de la pêche aux canards, etc. Une petite dame y loue de petits engins : un char de l’armée rouge ou un 4x4 rutilant. Elle loue aussi une sorte de rickshaw pour enfant, propulsé par une petite figurine à l’allure humaine : une petite fille blonde avec ses cheveux bouclés. La vision est effrayante, sortie d’un film d’horreur de série B : l’Ouest à la botte de l’Empire du Milieu. C’est le cas de toute façon.

Je passe de la vue descriptive à l’argent, le seul argument de cette bourgade. Cette ville n’existe que parce qu’elle est l’endroit de transit de 90% (peut-être davantage mais je n’ose pas avancer un chiffre plus haut tant c’est effrayant) des biens de consommation de la société mongole. Ici c’est le train qui donne le rythme, comme un capodastre, comme le fléau d’une balance injuste. De jour ou de nuit, l’air clair de la steppe répercute la résonance du train sur les jointures des rails. Si beaucoup ne s’arrêtent pas dans mon bourg, c’est qu’ils font l’aller-retour entre les mines mongoles et la grande Pékin : du minerai contre des produits de consommation. Il est des trains qui s’arrêtent bien entendu : bourrés de passagers. Si l’on excepte les quelques extraterrestres occidentaux qui s’offrent du rêve en faisant un petit Chine – Russie, il n’y a que des chinois qui partent au Nord travailler et vendre. Il n’y a que des Mongols descendus ici pour acheter – ils revendront plus tard, ils reviendront plus tard.

Tout cela n’est pas tout à fait exact. Suivez la masse et ici vous saurez comment éviter de gaspiller votre argent. Si les Chinois prennent un train direct, tout comme les touristes qui n’ont pas ce genre de problème, les Mongols ont l’habitude de quitter le train au dernier poste frontière en leur territoire et de transfuger en Chine par voie terrestre. Il vous en coûtera 5 euros, vous aurez à faire la file des heures sous le cagnard, à vous entasser dans un vieux 4x4 russe pendant des plombes, vous devrez expérimenter l’anémie financière du point de passage mongol avant de vous brûler les yeux devant l’ostentatoire richesse de son homologue chinois. Vous passerez du béton soviétique au marbre et aux caméras de surveillance, du port nonchalant de l’uniforme à un autre tout britannique des gardes-frontière. La piste défoncée se transmuera en asphalte plane, etc., etc. Seule la corruption semble une valeur partagée, avec l’imbécillité docile du militaire. S’il n’était les heures de formalités et de queue, vous seriez en train de vivre une télétransportation.

Mais tout cela est logique, tristement. L’on en vient avec du cash et l’on en repart avec des biens. L’on pourrait produire au pays mais l’on va acheter là où la marge sera la plus grande, la plus aisée à faire ; petit business minable. Ainsi Ereen n’est-il qu’un grand magasin, un grand marché où seules les putes mettent un peu de sel dans la vie des transactions bien huilées. Ici les affaires sont très artisanales : un individu s’en vient et s’en retourne les bras chargés de jeans, de montres ou de t-shirts.

L’individu Mongol est d’un racisme rare envers ses voisins, surtout les Chinois – il n’en a que deux. Mais lorsqu’il s’agit de gagner quelques dollars, peu lui chaut; c’est son point commun avec la pute. Les autorités baissent les yeux : s’il s’agit d’argent, l’on peut bien faire exception et laisser les voitures mongoles (les épaves en fait tant elles font tache avec les BMW, VW ou autres Toyota rutilantes) entrer en ville, et laisser les Mongols passer sans visa, et oublier toute notion de droits de douane. Même le réseau mobile mongol passe dans cette ville ! Non pas de la corruption mais bien un arrangement… Tout est question de nuances…

Je poursuis avec mes avenues. Elles sont jonchées de magasins. Tout se trouve : la plomberie ou l’engin de chantier le plus immense, la nourriture comme le matériel informatique. Les chemises Hugo Boss et les sacs Louis Vuitton côtoient les tuiles et les panneaux solaires. TOUT. Du vrai et de la contrefaçon. Mais le ‘vrai’ peut être de grande marque, tombé d’usine. Et les prix sont révoltants. Tout comme la qualité peut l’être.

La Chine inonde le monde avec ses produits, mais ses standards de qualité évoluent en fonction du marché. Ainsi la majorité de ce que j’ai pu trouver est absolument infâme : du « pour le Tiers-Monde », du sans complexe «  bon-marché-et-déjà-bon-à-jeter-parce-que-vous-n’avez-pas-les-moyens-d’acheter-mieux-et-que-de-toute-façon-vous- rachèterez-une-fois-hors-d’usage ». Plus rarement et à l’inverse j’ai pu trouver des produits de qualité, des « surproductions » de chez Merrel, Adidas ou Philips, non point du volé. Et j’ai trouvé une belle paire de chaussures de marque à 4 euros, un disque dur coûtant 50% moins cher que le moins cher des prix occidentaux. Et je n’ai pas pû m’empêcher de ricaner à cette idée : avec ma gueule de touriste j’ai réussi à payer ces prix dérisoires et vous, braves gens, vous vous faites à l’idée qu’une paire de pompes puisse être payée 100 ou 150 euros… Avec vos 700, 1500, même 2500 euros de salaire mensuel, continuez à bosser et ayez une grande pensée pour celui qui se sucre grave et qui vous arnaque magistralement !!!! (Il n’est même pas Chinois, rassurez votre racisme !)

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To be continued...
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Publié dans Chine

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