Mai 2007 - Au pays de Borat

Publié le par Quentin Moreau

Chers tous,
 
Toujours pas plus de tours de roues au compteur ou presque...
 
J'ai finalement retarde mon depart de Moscou de deux petits jours. Trop stresse, comme pas pret a larguer totalement les amarres...
Encore envie de profiter un peu de la ville, elle est tellement extraodinaire d'anonymat. Meme si vous etes un touriste, personne ne vous en tient rigueur !!!! Quel confort !
 
Vendredi apres midi, visite de la Galerie Trietiakov avec mes adorables nouveaux amis belges. C'est Le Louvre de l'art russe. Ces artistes ont tous toujours ce petit quelque chose de plus que leurs homologues du Sud que j'en suis totalement reconcilie avec l'art classique. Etonnant nouvelle pour quelqu'un qui a tendance a trouver ca tellement 'boring'...
 
Effectivement, j'ai tant profite du weekend qu'il etait temps pour mon cher foie que je quitte ces lieux... Les vendredi et samedi soir sont dans notre chere Belgique des jours traditionnels de fetes. Pensez-vous vraiment ? Un russe vous rirait au nez... Bref, des tonnes de rencontres : Alison l'ecossaise 'so british', Drina la caucasienne, Irina et Irina, magnifique russe et superbe ouzbeke. Mon hote Maksim a d'excellentes relations. Le dur apprentissage de la vodka a la russe, etc.
 
Bref, tout ca pour dire que je n'etais pas plus avance en formalites diverses dimanche aux alentours de 17h... Appel en catastrophe a la famille Meunier. Sacoches faites. A velo a travers la ville. Une heure plus tard, je suis chouchoute comme un enfant par sa maman. Nous allons ensemble chercher mon ticket de train. Tout semble plus simple que je ne le craignais... Ticket pour Aralsk pour 1950 roubles (faites le compte), vielociped ne pose pas de probleme, etc. Trop facile sans doute, mon stress ne retombe pas... D'autant que je n'ai pas enregistre mon visa et que je suis en theorie susceptible de me faire bloquer a la frontiere russe (long, tres long a expliquer...)
Les cafes, jus et collations de Brigitte n'arrivent pas a me calmer.
 
22h30 Kazanskaia Vakzal. Maksim me rejoint pour me dire au revoir et boire encore quelques bieres (quelle machine !) Enregistrement du velo impossible. 2 backshish (mes tous premiers mais je ne pouvais vraiment pas faire autrement...) plus loin et tout est en ordre.
A ce moment le cirque commence : je partage un wagon sans compartiment avec 48 joviaux kirghizes ou autres Kazakhs qui rentrent dans leur famille. J'ai la moins bonne place. Depart 23h16 pour 50 heures de train... Wagon surchauffe. Un peu cour des miracles.
N'oubliez jamais qu'a ce moment, je connais maximum 30 mots de russe, que je suis le seul qui ressemble a un touriste, et que tout le monde a deja vu mon velo... Pour ceux qui me connaissent bien, vous savez que je dors partout. C'est extraordinaire pour un voyage de 15h mais...
 
Mais ce wagon est regit par tout plein de regles. C'est une espece de micro-univers parfaitement organise. Lorsqu'il rentre, le voyageur se change et vet quelquechose lui permettant d'etre a l'aise (entre le training et le pyjama). Un paire de slash aux pieds aussi. Chaque lit est fait au carre. Ensuite, c'est le ceremonial de la nourriture : des sacs remplis de provisions diverses. On mange quand on a faim : souvent. On fume beaucoup dans un fond de compartiment non chauffe et non aere (c'est malheureusement le seul endroit ou il fait tempere dans ce train). Deux enfants dans le compartiment, 4 et 6 ans. L'un s'appelle Nikita, l'autre Timourlan (tout un programme pour ceux qui connaissent l'histoire...) Les parents les laissent jouer a leur aise, probablement pour ne pas provoquer des cris qui irriteraient encore davantage les autres passagers.
Et le train est lent, lent... Deux heures d'attente a chaque poste frontiere. Des pauses tout le temps ou l'on peut acheter a des marchands ambulants sur le quai. Des vendeurs dans le train aussi, qui font un bout de trajet pour vendre leur nourriture plus ou moins fraiche. Je me souviens plus particulierement de deux babouchkas (grands meres) qui vendaient en le montrant a tous du poisson fume... Evidemment elles n'ont rien trouve de mieux que de rester tres tres longtemps tout tout pres de moi...
 
Et moi la dedans, justement. Et bien moi je suis devenu le centre d'interet de tout le wagon. J'ai du tente de raconter mon histoire chacun d'entre eux. Non, non, ne riez pas ! Et ce meme si les scenes devaient etre reellement tordantes... Un peu d'anglais, pas mal d'allemand, j'ai meme tente le francais et le flamand en desespoir de cause parfois... Brefs, ils savaient ou j'allais, comment, ils m'ont demande mille fois le prix du velo, ils ont ete chipoter avec mon retroviseur une bonne centaine de milliers de fois... Vraiment de quoi se sentir bien, etonnament a l'aise.
 
Est venue la ville d'Aktobe, Kazakhstan. Premiere ville en Asie. Plus proche de Vienne que d'Alma Ata. Poche de resistance autour de steppes incommensurables. De l'herbe bien verte partout. De quoi vous donner des haut-le-coeur tant c'est grand. Le voyage etait la, juste derriere la vitre. Plus que 15h a attendre.
 
Arrivee a Aralsk. 2h du matin. Adieux presque dechirants avec mes nouveaux amis. Puis le chef de gare et un policier qui puent l'alcool. Vite deguerpir. Pas d'hotel. Ville inconnue. A peine de l'eclairage. J'ai dormi deux heures en boule dans un espece de terrain vague et vous ecris maintenant. Mauvaise nuit donc. File a la banque pour echanger quelques dollars mais passe-droit pauseabond. La ville est en ruine. C'etait une ville de pecheurs, jadis.
 
Je file d'ici. Il est presque 11h, je ravitaille pour quelques jours de nourriture et au moins deux d'eau. Et je fonce sur les 100km qui me separent du prochain bled, direction le S-E et le cosmodrome de Baikonour. Si je ne me trompe pas, j'aurai le vent dans le dos (sauf s'il change de direction lorsque je montrai sur la belle...).
 
Je pense beaucoup a vous qui partez sans doute maintenant travailler.
Je vous dis 'a la prochaine' et m'en vais savourer ma liberte.
 
A bientot.
Q.

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Publié dans vélo

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